
C’est avec impatience que j’attendais le nouvel album de Robert Wyatt.
J’avais découvert l’homme petit à petit en approchant sa discographie tout doucement, avec la patience que sa musique nécessite pour que l’on s’y plonge pleinement.
Car sa musique
a quelque chose de tellement personnel qu’il faut savoir
persévérer pour en saisir toute la richesse. Mais le
jeu en vaut la chandelle, car s’il est l’un des rares
artistes ou groupes que je connais à paraître
évoluer tout en se moquant des modes, il est aussi
l’un des seuls à savoir créer des œuvres
denses et phares où l’on retournera sans cesse.
Décrire son univers ne suffirait pas, et le meilleur moyen
de l’approcher est encore de visiter sa page myspace
(http://www.myspace.com/robertwyatt) où
on peut le découvrir par trois magnifiques videos live pour
la bbc. La richesse, la précision, l’humanité,
l’humilité, l’intelligence de sa musique se
dévoilent sur quelques images comme par
magie.
Pour son
nouvel album « Comicopera » Robert Wyatt
montre à nouveau son talent, même si
d’entrée nous pouvons d’entrée
émettre quelques réserves sur le
« countrysant » « A Beautiful
Peace » et le bluesy « Be
Serious », qui sont justes dispensables à la vue
du reste.
« Comicopera »,
découpé en trois actes, trois parties,
privilégie d’abord d’une production à mes
yeux bien meilleure que son prédécesseur qui
paraissait sans relief, dilué. Peut être cela a
à voir aussi avec l’approche plus live des morceaux
que voulait adopter l’artiste…
En outre,
l’album débute fort avec le très beau
« Stay Turned » écrit par ailleurs par
Anja Garbarek, avec laquelle il avait déjà
collaboré pour son premier album. Et toute la
première partie « act one : lost in
noise » est très belle. A remarquer
d’ailleurs le magnifique « A.W.O.L »,
émouvant et saisissant.
Ca se gâte en revanche sur le deuxième acte
« the here and the now » un peu en dessous,
plus léger ou au contraire plus radical (écouter
l’étrange « Out Of The
BLue » par exemple, tendu, noir, avec ses voix
samplées). On y trouvera moins de perles, mais de
l’audace, et c’est appréciable.
Le troisième acte « away with the
fairies » est quant à lui entièrement
interprété en espagnol, et se tourne vers une musique
plus ambiante, tout en se permettant quelques digressions
intéressantes : l’instrumental
« Pastafari », et la formidable reprise de
« Hasta Siempre Comandante » où
l’on se rend compte du talent de Robert Wyatt : à
savoir faire d’une chanson populaire, un morceau ample,
complexe et riche en émotions.
Encore une grande aventure l’où l’on devra
revenir sérieusement un paquet de fois pour devoir en faire
le tour, même si aux premières écoutes
l’album semble avoir quelques creux.
Mais Robert Wyatt reste l’un des plus grands artistes
actuels. Irréprochable dans son approche, un peu comme son
comparse Mark Hollis. Loin au dessus de tout ce qui fait, Robert
Wyatt conserve son aura préférant tracer sa propre
route, plutôt que chercher là où il n’est
pas.
Myspace :
http://www.myspace.com/robertwyatt