Xiu Xiu - Women As Lovers  posté le jeudi 24 janvier 2008 21:35

aa894ea9c07a54ebb3f5a598c5ca5c8b.gifXiu Xiu - Women As Lovers - 2008

D’année en année, et d’album et d’album Xiu Xiu creuse son propre sillon ignorant les modes, la hype, préférant jouir d’une liberté sans bornes.

Le groupe pourrait de toute évidence privilégier d’une plus large reconnaissance, d’un plus grand succès si celui-ci ne s’était pas fixé comme objectif de déconstruire sans cesse sa musique, et d’aller toujours dans des retranchements étranges où on ne l’attend pas.

Mais Xiu Xiu n’aime pas l’évidence, et aurait même une fâcheuse tendance au masochisme, prenant grand plaisir à saboter des morceaux qui auraient pus être des tubes potentiels ou juste devenir plus fédérateurs (nouvel exemple sur cet album avec par exemple « No Friend Oh ! » qui commence fort, mais qui débouche sur un refrain bordélique qui coupe l’herbe sous le pied à l’auditeur).
Mais là est aussi le génie de Xiu Xiu : dans son savoir-faire de détourner une chanson pop pour la faire basculer dans des abysses bien plus profonds.

Le groupe s’est crée un style propre où l’expérimentation se conjugue à merveille avec le folk.
Mêlant instruments acoustiques (guitares sèches, piano, vibraphone, saxophone, batterie, violon,…), électriques (guitares, wurlitzer,…), et électroniques (boites à rythmes, basses synthétiques, claviers, effets,…), la très belle voix de Jamie Stewart apparaît comme le fil conducteur d’une musique sans cesse mise à mal, au bord du chaos, de sa propre rupture.

Malgré tous ses atouts, et sa très grande inventivité, , Xiu Xiu reste tout de même difficile d’accès, et on peut aisément regretter que le groupe cherche toujours l’originalité, la déconstruction.
C’est dommage, car Xiu Xiu de ce fait aurait tendance à rejoindre ces groupes pour lesquels on a énormément d’estime, que l’on admire, mais que l’on écoute au final assez peu.
Il est certain qu’il faut du courage, une attention sans relâche, une grande clairvoyance pour braver leurs disques du début à la fin.

Pour ma part, j’attends qu’un jour Xiu Xiu se recentre un peu, et livre un disque somme, plus classique dans sa forme, nourri de leurs expérimentations passées. Un disque qui deviendrait un classique, un peu comme le « Washing Machine » de Sonic Youth, sommet indépassable du groupe où l’équilibre entre écriture classique et expérimentation trouve une nouvelle forme définitive et intemporelle.
   

http://www.myspace.com/xiuxiuband 
lien permanent

Lightspeed Champion - Falling Off Lavender Bridge  posté le mercredi 23 janvier 2008 00:55

11c215380d4fb7454442faca6f7be884.jpg Lightspeed Champion - Falling Off Lavender Bridge (2008)

Y aura-t-il un buzz autour de la sortie du premier album de Lightspeed Champion "Falling Off Lavender Bridge" ? Sans doute, peut être, à voir...

On a déjà pu voir à plusieurs reprises la bonne vieille tête de Der Hynes (seul homme à bord de ce projet, avec une superbe perruque) sur les pages de myspace en publicité, et peu partout sur le net. Et les magazines anglo-saxons, puis désormais français commencent à crier au chef d'oeuvre, à parler de l’un des disques de l'année.
Le buzz se prépare donc doucement, mais il n'est pas certain que le public suive, ni que cette douce euphorie dure bien longtemps. Pour ma part rien n'est moins sure.

Cela dit, on ne peut pas remettre en question l'habilité de Der Hynes à faire des pop songs bien troussées avec un savoir-faire certain (écriture souple et soignée, arrangements de cordes luxuriants et délicats,…), mais tous ces éléments ne suffisent pas.

« Falling Off Lavender Bridge » est un peu comme un bonbon trop sucré et parfumé au gout artificiel. Toute l’instrumentation est pourtant acoustique, mais sa musique souffre déjà d’une production trop lisse, trop parfaite, et la voix de Der Hynes trop présente, agace bien vite. Il chante avec beaucoup trop d’emphase, un peu comme un
Kele Okereke (chanteur de Block Party) de la pop song fraîche et naïve, sauf que sa musique n’appelle pas toutes ces manières typiques de la Brit-Pop.

De plus, le tout manque cruellement d’originalité ou de caractère pour que le plaisir nous submerge. Car en pop song, soit il faut une production singulière, des idées d’arrangements originales, une écriture typique et remarquable, ou un chanteur avec une voix particulière, reconnaissable entre mille, pour que la musique nous accroche, nous interpelle.
Hors ici, le tout est très classique, et on ne sent pas une forte personnalité derrière ces morceaux.

On saluera toutefois la performance d’écriture sur « Midnight Surprise », morceau de presque 10 minutes, et qui apparaît pourtant comme un vrai single, ne relâchant pas notre écoute. Ce qui fait la différence aussi peut-être entre ce morceau et les autres de ce disque, c’est que ce tube potentiel dégage une sorte de « cool attitude »
 
très agréable, là où les autres morceaux peuvent un peu paraître trop académiques et « sérieux ».  

Alors buzz ou pas buzz, nous verrons bien, mais je ne suis pas sure que le public suive avec passion les aventures de Der Hynes. Ou en tout cas pas encore.
Ce disque reste à mon goût très agréable, mais je doute que celui-ci passe sur ma platine encore pendant bien longtemps, et je risque de l’oublier assez vite.

http://www.myspace.com/lightspeedchampion
lien permanent

Picastro - Whore Luck  posté le mercredi 23 janvier 2008 00:51

43dca02c4f257c89c57d2abac48cffbd.jpg Picastro  - Whore Luck

Je n’avais jamais entendu parler de ce groupe auparavant. De même, je n’ai vu dans la presse ou sur internet, aucun magazine ou webzine traiter de la sortie de leur nouvel album « Whore Luck ». Picastro est donc sans aucun doute un groupe confidentiel, tout comme leur label Polyvinyl Records.

Si j’ai donc découvert ce disque, ce n’est que par hasard, en fouillant dans les bacs de Gibert Joseph. Et c’est leur pochette qui a attiré mon attention, et qui m’a fait découvrir ce groupe.
Une  telle pochette laissait présager du meilleur, tout comme mon attraction pour la pochette du « Second » de Tindersticks ne m’avait pas trompé à l’époque.
Et c’est toujours une très belle surprise que de découvrir un groupe uniquement par sa pochette, et d’autant plus si celle-ci illustre à merveille la musique.

A la première écoute de « Whore Luck » on saisit d’entrée où le groupe veut nous mener. Ce disque sera libre, affranchi de toute convention, et ne cherchera pas à séduire l’auditeur pour le faire pénétrer dans leur univers.

Composée d’une voix féminine, de guitares sèches et électriques, de batteries, de pianos, de violoncelles, la musique de Piscastro est essentiellement acoustique, et rappelle par son ambiance Movietone ou Bardo Pond. Ils ont le côté feutré des premiers, et la moiteur des seconds. Le son lo-fi de Picastro les rapproche d’ailleurs aussi de ces deux groupes phares. « Whore Luck » n’est donc pas facile d’accès, le groupe jouant avec les dissonances, des rythmes lourds, et prenant soin de triturer leur son.

Il y a quelque chose de prenant dans leur musique, mais il manque, cela dit,  un peu petit quelque chose pour que nous soyons transis. Les morceaux ne semblent peut être pas assez fouillés, travaillés.

C’est que dans ce genre de musique, l’équilibre est fragile pour parvenir à la transe. Il suffit d’un rien pour que l’on sombre dans l’ennui, ou que nous soyons happés. Sans doute que les membres de Picastro n’ont pas encore trouvé totalement leur voie. Ce groupe peut devenir grand, mais il est encore en devenir. Il n’a pas encore l’aura qui nous fera sombrer totalement.

http://www.myspace.com/picastro 

lien permanent

Dominique A - Ninkasi Kao, Lyon, le 26 novembre 2007  posté le mercredi 28 novembre 2007 23:04

78794769fbf500c4ba073bfa1463a496.jpgDominique A - Ninkasi Kao, Lyon, le 26 novembre 2007

Il faut voir Dominique A sur scène pour mesurer toute l’intensité du propos de l’homme et de sa musique.

Sur disque, la dimension physique de son show n’apparaît pas, et même si son album live « Sur Nos Forces Motrices » - sorti le mois dernier - témoigne d’une grande aisance sur scène, il n’y a qu’en étant sur place que tous ces morceaux prennent leurs sens, que toute l’importance de ses textes nous prend à la gorge.

Car Dominique A donne un concert comme s’il allait au combat, et est loin de se contenter d’interpréter sagement ses morceaux. Celui-ci les brave et les porte très haut. Ses concerts sont toujours tendus, fiévreux, sur le fil, et la musique toujours au bord de la rupture. Comme un orage qui n’éclatera jamais, nous gardons toute notre attention, happés, guettant une explosion qui jamais ne surviendra réellement.

Dominique A est charismatique, nerveux, et incarne physiquement sa musique à merveille. Sa présence impressionne, renvoie à la gravité des textes, comme si son corps cherchait une issu, cherchait à cracher toutes ses émotions contenues.

Le show sera ce soir là essentiellement constitué de morceaux présents sur son live « Sur Nos Forces Motrices ». D’autres seront repris de « L’Horizon », de « Tout Sera Comme Avant », et d’autres plus ou moins inédits feront leur apparition : deux ou trois nouveaux morceaux, et une reprise saisissante de « L’Irréparable », chanson à la base écrite par Dominique A pour l’album « Slalom Dame » de Jeanne Balibar.

La voix sera puissante et juste, et la musique en constituera le socle idéal. Un seul bémol de taille tout de même sur l’ensemble de ce set : le jeu de batterie minimal et primal de  Jérôme Bensoussan sied bien à certains morceaux, mais on peut regretter tout de même que celui-ci ne se fasse pas plus fin par moments. Une certaine souplesse aurait été la bienvenue.

Si vous n’avez jamais vu Dominique A sur scène, il faut absolument vous rendre à l’un de ses concerts, et ce, même si vous n’aimez pas particulièrement ses disques. Un show d’une telle intensité est trop rare pour rater une telle expérience. Pour ma part, les concerts de Dominique A auxquels j’ai pu assister font partis de ceux qui m’ont le plus marqués. 

http://www.commentcertainsvivent.com/ 

lien permanent

Dominique A - Sur Nos Forces Motrices  posté le mardi 20 novembre 2007 23:48

87472d2f7fbba9ff467e75fed6be6a51.jpg

Dominique A - Sur Nos Forces Motrices

Dominique A est sans doute devenu un peu trop sage depuis quelques années, et il n’est pas sûr qu’un jour celui-ci retrouve sa fougue d’antan pour accoucher d’albums tels que « La Fossette » ou « Remué », ses sommets discographiques.

Ce n’est pas que ses derniers albums soient foncièrement mauvais, mais ceux-ci n’apparaissent plus comme des manifestes esthétiques comme pouvaient l’être « La Fossette » et « Remué ».

Chacun de ses nouveaux disques portent pourtant une identité forte, mais on ne retient de ces albums plus des morceaux que ceux-ci dans leur intégralité.


Depuis quelques temps déjà, de par sa longue carrière, le « best-of » ou le « live » de mesure lui pendaient au nez, et Dominique A choisit maintenant de faire un 2 en 1. Bien entendu c’est un faux best of, car il évite avec soin par exemple le « Twenty Two Bar », et préfère plutôt choisir les morceaux de ce « Sur Nos Forces Motrices » comme il l’entend, et ce, avec un grand souci de cohérence. 
 

Dans un premier temps, j’avais jeté une oreille rapide sur ce disque, et il faut bien dire pourrie, grâce à ces fameux lecteurs mp3 que la Fnac chérit (rappelons le : du mp3 bien compressé accompagné d’une écoute au milieu des morceaux pour quelques secondes), et je n’avais pas eu une bonne impression.


Mais étant hanté par Dominique A, je n’ai pas résisté à acheter son disque. Et pas de regret.
Bonne et heureuse surprise d’abord par pure nostalgie, car j’ai eu l’impression de réécouter le Dominique A que j’aimais. Ce disque m’a donné l’impression de retrouver les impressions premières que j’avais eu en écoutant pour la première fois « Remué ».

Honnêtement toutes ces reprises live de son répertoire ne sont pas toujours du meilleur effet : la version new-wave du « Courage Des Oiseaux » n’est pas très convaincante, et par exemple les adaptations de « Antonia », et du « Bowling »
  font regretter l’original. Mais il y a aussi de très belles surprises comme cet inédit issu des sessions de « L’Horizon »,  « Marina Tsvétaeva », qui à lui seul justifie l’achat du disque.

Globalement, ce live est très cohérent et très agréable de par son ingénieux tracklistening. Mais pour ceux qui ont vu comme moi Dominique A pour la tournée suivant « Remué », on ne peut qu’être un peu déçu que le set soit si sage. On est assez loin du show d’équilibriste que menait A et sa bande de l’époque. Sans cesse proche de la rupture, la tension ne relâchait pas, et quelque chose se produisait proche des sensations que peuvent procurer les albums de Joy Division.

Il faut dire aussi que le jeu de batterie de Jérôme Bensoussan ne parait pas très en phase avec la musique du groupe. Son jeu trivial fait regretter la finesse de jeu de Sacha Toorop, fidèle de Dominique A.

Au final, je pense que cet album représente la meilleure porte d’entrée pour découvrir Dominique A. Et pour ceux qui connaissent bien ses albums studio, ils retrouveront sans peine juste la joie de redécouvrir les morceaux du maître.

http://www.commentcertainsvivent.com/ 

lien permanent